Début du programme : 2006
CICRP : Christine Benoit

Des couches colorées, le plus souvent de couleur rouge ou brune, ont été utilisées aux XVIIe et XVIIIe siècles pour préparer les toiles des peintures de chevalet occidentales. Ces couches de préparation sont constituées d’oxydes de fer, d’ocres ou de terres, utilisés dans un liant huileux, seuls ou en association avec d’autres matériaux comme des charges.

Stratigraphie

Stratigraphie d’un tableau et de ses couches picturales.
La chartreuse de Marseille, œuvre anonyme du XVIIIe siècle,
collection de la Grande Chartreuse, musée de la Correrie.

L’étude de la composition chimique de ces préparation a plusieurs implications dans le domaine de la conservation et de la restauration. En effet, certaines préparations colorées présentent une réactivité aux traitements aqueux, liée à la présence d’argiles gonflantes dans le pigment employé.

Les ocres sont des matériaux d’utilisation essentiellement locale ; pouvoir déterminer leur origine géographique apporte des informations sur le lieu où un tableau a été réalisé. L’étude des mises en œuvres et de leurs variations peut contribuer à établir des pratiques d’écoles et servir de repère chronologique dans la production d’un artiste.

Plusieurs directions de travail ont été explorées : le développement de protocoles de caractérisation des constituants des ocres, en particulier des argiles et des argiles gonflantes ; la collecte et l’analyse d’ocres et de terres naturelles de provenance connue pouvant servir de référentiel fiable pour l’étude d’échantillons anciens de provenance inconnue ; l’analyse de prélèvements de peintures anciennes présentant des préparations colorées.

Préparation colorée

Les préparation colorées provençales. Michel Serre, L’apothéose de saint Roch, église de Mazargues

La collecte et l’analyse d’échantillons se poursuivent en fonction des tableaux restaurés au CICRP pour obtenir des résultats statistiquement exploitables.


Début du programme : 2012
CICRP : Christine Benoit (pilote, matières picturales), Emilie Hubert (imagerie)

Ce programme s’intéresse aux peintures sous verre, ou fixés sous verres, avec plusieurs angles d’approches. L’étude d’aspects technologiques, d’une part, puisque les techniques de mise en oeuvre ne sont pas toujours bien caractérisées (par exemple les possibles couches « d’accroche » servant d’interfaces entre le verre et la peinture). Aborder cette question implique l’étude des différentes recettes et mises en oeuvres historiques. D’autre part, le programme s’intéresse aux problématiques spécifiques d’ensembles patrinoniaux, en relation étroite avec leur restauration. En 2012, une soixantaine de pièces du musée Borély a été restaurée au CICRP. D’anciennes restaurations, dont les témoignages doivent être recherchés, appliquées sur un certain nombre de pièces de la collection, nécessitent d’être caractérisées car elles posent problème pour l’intervention de restauration. La chronologie et la nature des anciennes interventions sur cette collection, ainsi que l’origine de certaines pièces doivent être élucidées. Un troisième volet consiste à développer et mettre au point l’imagerie scientifique sur ces oeuvres, jusqu’à présent peu étudiées dans les laboratoires du patrimoine.

Assomption de la Vierge

Assomption de la Vierge en médaillon, oeuvre anonyme italienne du XVIIème siècle, musée Borély. Photographie face et revers avant intervention. L’altération des feuilles d’argent est étudiée sur coupe stratigraphique au microscope électronique à balayage


Début du programme : 2011
CICRP : Nicolas Bouillon
Partenariat(s) : Service commun de Microscopie de l’université de Provence

L’analyse des matériaux organiques constitutifs des peintures (liants, vernis, encollage) est particulièrement complexe en raison de la faible quantité d’échantillon disponible et des modifications chimiques subies par ces matériaux au cours de leur vieillissement. Elle implique souvent l’utilisation de techniques instrumentales particulièrement couteuses et parfois difficile à mettre en oeuvre. Ces dernières fournissent une caractérisation très fine de la composition chimique des matières organiques mais ne permettent que rarement d’obtenir leur localisation précise dans la stratigraphie d’une couche picturale.

Dans le cadre d’un transfert des techniques de microscopie des domaines biologique et biomédical, on assiste, depuis les années 80, au développement de l’utilisation des techniques histochimiques appliquées à la caractérisation des matériaux organiques des biens culturels. C’est dans ce contexte que s’est répandue l’utilisation des réactifs fluorochromes sous microscopie UV pour la localisation et l’identification des matériaux organiques dans les prélèvements de matière picturale montés en coupes stratigraphiques. Dans les années 2000, celle-ci a connu des développements considérables avec l’arrivée sur le marché de nouveaux réactifs et de nouveaux filtres spécifiques pour les microscopes, apportant ainsi un réel progrès dans l’efficacité et la spécificité des résultats.

Depuis 2009, le CICRP a peu à peu adapté son matériel de microcopie photonique et réalisé plusieurs campagnes d’essais sur des éprouvettes fabriquées en laboratoire et sur échantillons réels. En 2011, des essais réalisés sous microscope confocal ont démontré le fort potentiel pour cette application. Les travaux actuellement en cours, résident dans la mise au point de protocoles de microscopie confocale pour l’observation et l’interprétation des réactions spécifiques des matériaux organiques des peintures. Il s’agit dans un premier temps d’étudier la spécificité de leur autofluorescence avant d’effectuer des tests de fluorescence induite par des fluorochromes spécifiques.